Secrets de salon


Coloriste, un métier d’expert

26 juin 2015
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On connaissait Fred, John Nollet, David Mallett… les as de la coupe. Eux s’appellent Romain, Frédéric Mennetrier, Rodolphe, à Paris. Jo Hansford et Josh Wood, à Londres. Louis Licari et Lorri Goddard à Los Angeles. Anthony Palermo, Lena Ott, Sarah Spratt,  à New York… et leur dada, c’est la couleur. Bien sûr ils n’ont pas inventé la coloration capillaire qui est pratiquée dans tous les salons, et même à domicile. En revanche, ils en ont fait une expertise, une profession à part entière.

La coloration dans la lumière

Ils sont quelques-uns, coloristes stars et coloristes des stars, particulièrement talentueux, à avoir mis leur savoir-faire sous les projecteurs non seulement des podiums mais aussi des médias. Spécialistes des coups d’éclat, ils ont su montrer l’importance d’une coloration, souligner les subtilités, les reflets, les ombres, le mouvement dans la chevelure. Ils ont créé des teintes mythiques comme le blond Deneuve ou Schiffer. Grâce à eux, la coloration n’est plus considérée uniquement comme un pis-aller pour camoufler ses cheveux blancs mais une manière d’embellir, de changer d’humeur avec les saisons, de s’affirmer, de mettre en valeur un regard, un sourire, des tâches de rousseur, de donner de l’allure.

Autrefois isolé dans les arrière-cuisines du salon, le teinturier est devenu coloriste, l’exécutant est devenu esthète et magicien, le technicien est devenu créateur de tendances, le ravaleur de façade est devenu peintre pointilliste. « Quand j’ai débuté, la coupe était en première-ligne tandis que la couleur restait accessoire. Aujourd’hui coupe et couleur sont à égalité », se réjouit Jo Hansford, la First Lady britannique de la coloration. Dans le même temps, ces coiffeurs virtuoses ont été enrôlés comme consultants par de grandes marques. A la lumière de leur expérience, les produits se perfectionnent pour un travail plus en nuance, plus translucide, sans effet casque et plus respectueux du cheveu. La coloration, autrefois secondaire, a gagné ses lettres de noblesse.

Naturellement, des salons dédiés ont vu le jour : des salons selects à la décoration soignée dans des suites de palaces ou des appartements sur cour. L’intimité y est cultivée. On y prend son temps pour parler pigments. Ceux des prodiges cités ci-dessus sont apparus au début des années 90. C’est notamment le cas de Christophe Robin à Paris mais aussi de Jo Hansford à Londres. Aujourd’hui, ceux là ont gagné en notoriété et pris de l’ampleur. Jo Hansford a maintenant cinquante employés dans son salon de Mayfair. Leurs élèves ouvrent leur propre salon comme Cathy, formée chez Christophe Robin, et aujourd’hui à la tête de l’Atelier des couleurs. Tous les grands coupeurs reconnaissent l’importance du savoir-faire des maîtres de la coloration et ils n’hésitent pas à embaucher un coiffeur qui ne se consacre qu’à l’art des pigments. David Mallett fait par exemple appel aux bons soins de Giorgio et Rémy Faure. Nicolas Felice œuvre exclusivement à la couleur au salon Des Garçons, tandis que David s’occupe des coupes. A Los Angeles, Andy Lecompte confie la maestria de la couleur à George Papanikolas et Christopher Pierce.

La couleur, tout en se professionnalisant, se démocratise. La haute-couleur n’est plus réservée aux tapis rouges et aux podiums. Informée et sensibilisée, la clientèle devient de plus en plus exigeante. Elle ne se contente plus de coiffeurs généralistes mais veut des spécialistes, uniquement concentrés sur la couleur. C’est ainsi que l’on a pu voir éclore le Bar des Coloristes à Paris et les salons Intermèdes, présents partout en province.

 Vers une professionnalisation du coloriste

Les démarches vers plus d’expertise et de spécialisation sont ainsi engagées. Les salons Intermèdes ont par exemple établi une charte pour garantir une couleur irréprochable – charte qui met l’accent non sur la technique mais sur l’écoute et le conseil dont le coloriste doit savoir faire preuve pour un service personnalisé. Au Canada, un site internet, lecoloriste.com a spécialement été conçu. Il y est expliqué que la profession « est plus que la maîtrise parfaite de la colorimétrie, c’est une écoute, un langage, une approche sensée et émotionnelle. C’est aussi un phénomène physico-chimique. »

Aux États-Unis, une sorte de conseil de l’ordre des coloristes, l’American Board of certified haicolorists, a été créé. « L’objectif est d’identifier les coloristes qui ont un degré supérieur de compétence », explique Andre Nizetich, son président. Ce conseil a ainsi établi un ensemble de critères afin de pouvoir évaluer le niveau d’excellence et de professionnalisme des coloristes. Une démarche nécessaire à « l’éthique professionnelle » et pour « gagner en crédibilité auprès de la clientèle. » Le précieux titre de « coloriste certifié » peut ainsi être obtenu après le passage d’un examen testant à la fois les connaissances pratiques et théoriques des candidats. Adieu les coloristes folkloristes !

Une formation qui demande à être approfondie

Les jeunes coiffeurs sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à souhaiter se former à l’art de la coloration. Si quelques experts font briller la profession, « la formation en matière de coloration reste encore trop sommaire dans les écoles de coiffure », selon Jo Hansford. En France, elle se cantonne à une mention complémentaire après le CAP d’une durée d’un an à peine. Face à la demande, les marques et grandes enseignes de coiffure organisent de plus en plus de conférences, cours, séminaires et stages pour initier les aficionados de la couleur qui aspirent à une carrière aussi brillante que leurs mentors. « Mais la véritable formation d’un coloriste se fait au sein d’un salon », précise Jo Hansford.

Ludovic, coloriste au Québec assure qu’il faut au moins 10 ans d’expérience pour faire un bon coloriste. Frédéric Mennetrier, lui, imagine une école spécialisée : 5 années d’étude, des cours de chimie, de biologie, des travaux pratiques pour comprendre la matière, mais aussi de l’histoire de la couleur, des cours de psychologie, des sorties dans des expositions artistiques, des lectures pour nourrir la créativité. Jo Hansford insiste elle aussi sur la nécessité d’enseigner une approche psychologique de la couleur : « Apprendre à faire le bon diagnostique et à communiquer avec le client est essentiel. »

Séparer les métiers de coupeur et de coloriste apparaît de plus en plus comme une nécessité pour gagner en expertise et exceller dans la discipline.

« Il est nécessaire que la coiffure se professionnalise sinon le métier va mourir. Elle ne doit plus être une voie de garage pour des filles en échec scolaire, explique Frédéric Mennetrier. Il faut de la passion et  une parfaite maîtrise des connaissances. »  A ceux qui veulent se spécialiser, Jo Hansford conseille aussi de « ne pas considérer la coloration comme un job mais comme une passion. Il faut également être préparé à ne jamais cesser de se former – moi-même je continue à apprendre à mesure que les produits évoluent ».

Impressionniste, aquarelliste, fauviste, portraitiste, naturaliste, mais aussi un peu psychanalyste, alchimiste, biologiste, le coloriste est à la fois un artiste et un spécialiste dont l’expertise, aujourd’hui reconnue, demande à être mieux transmise et généralisée dans les salons.

Crédits photo ©Sharon Blain ©Valérie Lam et ©Collectif Lilith

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