Secrets de salon


Frédéric Mennetrier, un homme de goût et de couleurs

26 juin 2015
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En matière de coloration capillaire, Frédéric Mennetrier est une éminence grise, une boîte noire, un cordon bleu à la main verte. D’abord en studio, puis dans son salon immaculé, il s’est bâti une réputation de coloriste prodige. Il grignote du chocolat avec gourmandise. Il aime se mettre au vert.  Il a la voix enveloppante d’un téléphone rose. Il rit jaune puis voit rouge quand on lui parle de balayage. On lui laisserait carte blanche aussi bien pour ensoleiller notre crinière que pour soigner nos bleus à l’âme. Confidences en technicolor d’un homme haut en couleurs !

FAB : D’où venez-vous Frédéric Mennetrier ?

Frédéric Mennetrier : J’ai grandi dans l’Est de la France, à la campagne, au milieu des fleurs et des animaux. J’ai fréquenté une école religieuse très stricte et de bon niveau, jusqu’au bac – mes parents y tenaient beaucoup ! Mon père était menuisier. J’ai toujours voulu faire un métier manuel aussi. J’aimais la coiffure, ce métier lié à la mise en beauté. Quand on fait un peu de psychanalyse, on sait que l’embellissement a toujours un lien avec la réparation.

FAB : Comment avez-vous été formé ?

F.M : J’ai fait mon apprentissage en chambre des métiers. J’ai passé mon CAP en huit mois, en candidat libre. Parallèlement, j’étais formé par un coiffeur qui était installé à la frontière du Luxembourg. Un dieu de la coupe pour hommes ! Puis j’ai passé mon BP, ma maîtrise. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes, de toujours être très bien encadré. J’ai notamment travaillé avec Malcolm Edwards et Luigi Murenu que j’adore.

FAB : Comment vous est venu cet intérêt spécifique pour la couleur ?

F.M : Au milieu des années 90, j’ai commencé à travailler en studio. Je suis allé sur tous les shows à Paris et à Milan. Dans ce contexte, la lumière omniprésente souligne l’importance de la couleur. C’est ainsi que j’ai commencé à m’y intéresser. Puis la couleur a pris toute la place. Elle est devenue une obsession névrotique.

FAB : Dans la vie quotidienne, avez-vous également cette passion de la couleur ?

F.M : Bien sûr. Nous sommes tous influencés par la couleur. Dès l’enfance. Parce que les couleurs ce sont des vibrations, de l’énergie, de la vie. Il suffit d’en prendre conscience. Ce qui me plaît particulièrement c’est l’assemblage et l’harmonie des couleurs. Regardez comment Degas fait résonner un bleu, comment Rothko fait ressortir la profondeur et la vibration des couleurs. Je suis aussi passionné par le travail de Michel Pastoureau autour de l’histoire et de la symbolique des couleurs. Et puis je viens de lire 300 pages écrites par deux Allemandes au sujet de la psychologies des couleurs, des émotions que l’on ressent en les percevant. C’est fascinant !

FAB : Qu’est-ce qu’une coloration réussie selon vous ?

F.M : Une jolie couleur, c’est une couleur qui ne se voit pas. C’est d’ailleurs la définition du bel ouvrage en artisanat. La magie, c’est de ne pas comprendre comment cela a été fait. Chanel disait : « Si une femme est mal habillée, on remarque sa robe, mais si elle est impeccablement vêtue, c’est elle que l’on remarque. » C’est pareil pour la couleur. Il faut qu’elle soit juste, cohérente avec la personne.

FAB : Que voyez-vous de rédhibitoire dans votre salon ?

F.M : Les colorations home-made ne sont pas toujours réussies mais ce ne sont pas les pires. Il n’y a pas de diagnostique dans un pack de coloration à domicile alors on ne peut pas en vouloir aux femmes qui les utilisent. Ce qui est moins excusable, ce sont certains coiffeurs qui ont un manque de recul élémentaire. Aucune subtilité dans la réflexion, aucune délicatesse dans le geste. Ils sont enfermés dans des habitudes, des automatismes : des mèches autour du visage quand on leur demande de la lumière, des rayures sur la tête quand on leur demande un balayage…

FAB : Y a-t-il un problème de malentendu entre les coiffeurs et leurs clientes ?

F.M : C’est évident. Selon une étude récente, 90% des coiffeurs pensent faire le bon diagnostique mais seulement 5% des femmes pensent que c’est le cas. Un gouffre !  Il y a une vraie maladie du lien dans notre société. On ne sait plus écouter l’autre, ni faire passer son message. Or, on a tous notre subjectivité. La définition du blond vénitien n’est pas la même pour moi, pour ma cliente, pour son mari ou sa copine. Il faut toujours individualiser, aller chercher plus loin pour arriver à un langage commun.

Crédits photo ©Valérie Archeno
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