Secrets de salon


Les salons comme des boudoirs

13 juin 2015
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Lieux intimistes, les salons-appartements offrent une nouvelle expérience de la coiffure. On y goûte l’atmosphère zen et chaleureuse dispensée par des adeptes de la personnalisation.

Comme dans un cocon

Son pied à terre est presque vide depuis qu’elle a transféré une partie de ses objets personnels dans son salon parisien de la rue du Mont-Thabor, non loin des Tuileries. Sarah Guetta, qui coiffe depuis 20 ans les stars de cinéma sur les tournages, a mis toute son âme à concevoir sa première adresse comme le prolongement de sa maison. « J’ai voulu créer un concept où chaque client ait son propre espace et s’y sente comme dans un cocon», explique-t-elle. Son salon de 115 m2 se divise en quatre univers à la décoration étudiée. Cuir havane et photos des années 50 chez les hommes, têtes de poupées à coiffer et films de Charlie Chaplin chez les enfants, ambiance boudoir pour les femmes et loge façon théâtre pour la clientèle privée. Ici, pas de devanture sur rue. On accède au salon par une cour, que Sarah Guetta a aménagé en un lieu de vie où se croisent avec beaucoup de naturel, célébrités et anonymes autour d’un café ou d’un rafraîchissement.

L’« appartement coiffure »

Cultiver une atmosphère intime et joyeuse, tel est le parti pris d’une poignée de professionnels, misant sur un lieu presque confidentiel et un décor personnalisé. A 36 ans, David Lucas, formé chez René Furterer a crée son « appartement de coiffure », baptisé En aparté, au troisième étage d’un immeuble haussmannien de la rue Danièle Casanova à Paris, près de l’Opéra. Parquet blond, cheminée sculptée et objets d’art chinés par le maître des lieux, comme cette coiffe d’Indiens : tout ici invite à l’élégance feutrée. Nul risque d’être vu des passants la tête enrobée de papillotes ! Dans cette enfilade de pièces-salon d’attente jouxtant une terrasse paysagée, salon des coiffures où filtre la lumière naturelle par d’immenses baies vitrées, salon des couleurs et salon des eaux, on se laisse chouchouter à l’abri des regards.

Le raffinement, l’ingrédient indispensable

Pionnier de la non-standardisation, l’italien Rossano Ferretti – vingt salons dans le monde – a l’art de dénicher des adresses qui collent à l’esprit de la ville. A Rome, un appartement intimiste aux abords de la place d’Espagne, où les sofas invitent à la détente. A Londres, une maison victorienne dans le quartier de Mayfair ; à New-York un building Art Déco. Chacune jouit d’un décor unique dans lequel Rossano Ferretti s’amuse à placer un objet italien. Tel ce lustre de Murano des années 30 suspendu dans l’appartement- salon de la rue de Cambon à Paris. « Le raffinement du lieu, dit-il, participe à l’expérience que je veux offrir. »
Faire de son salon la maison de ses clients c’est aussi la démarche de Delphine Courteille, célèbre coiffeur studio. Avant Sarah Guetta, elle a investi le fond d’une cour de la rue du Mont-Thabor, créant un havre de paix où le silence – pas de bande son, les lumières tamisées et les végétaux en cascade invitent à la décompression. Elle en a signé elle-même le décor dans un esprit baroque et contemporain, chic et féminin. Comme une amie, Delphine Courteille fait partager à ses clientes sa passion pour la photo, offrant à la lecture des livres d’art.

« Qu’y a-t-il de plus beau que le blanc pour parler de la couleur ? »

Plancher usé et meubles vintage unifiés dans une teinte virginale, Frédéric Mennetrier cultive lui l’esprit artisanal dans son Atelier Blanc de la rue Mayran, à Paris, en marge de l’agitation des grands boulevards. « Qu’y a-t-il de plus beau que le blanc pour parler de la couleur ? » affirme le célèbre coloriste. Son petit écrin immaculé, aux antipodes d’un salon de coiffure traditionnel séduit une clientèle d’initiés en quête de sur mesure. Autant d’adresses secrètes que l’on s’échange de bouche à oreille pour s’offrir le luxe d’une parenthèse pour soi, discrète et sereine.

Christine Halary
Crédits Photos ©David Lucas Paris

D Lucas-E Sicot 1647 (1)

 

D Lucas-E Sicot 1717