Secrets de salon


La coiffure Frida Kahlo décryptée

16 février 2017
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La peintre mexicaine Frida Kahlo n’aurait certainement jamais pensé devenir une icône de mode, comme Marilyn Monroe ou Jackie Kennedy. Pourtant, de nombreux stylistes et photographes s’inspirent de son style et surtout de sa célèbre coiffure : deux tresses parées de fleurs, remontées sur le haut de la tête. D’où vient cette coiffure ? Plongée mexicaine, dans l’État de Oaxaca.

Frida, moitié mexicaine

Le style Frida Kahlo n’est ni une création, ni une simple coquetterie. On le sait peu mais le père de la peintre mexicaine était allemand. Frida n’est qu’à moitié mexicaine, par sa mère, une indigène de Oaxaca, un État au sud du Mexique bordé par l’océan Pacifique. Un État multicolore et coloré, authentique et traditionnel, farouche et fier. C’est cette ascendance maternelle que décide d’épouser la peintre Frida Kahlo. Elle sera une pure indigène, dans l’esprit de la révolution mexicaine de 1910, qui rejette le modèle européen.

Dans la lignée des Zapotèques

Frida adopte le style d’une société qui vit à Juchitán, dans l’État de Oaxaca. Juchitán est l’une des plus vieilles sociétés matriarcales au monde. Les femmes sont chefs de famille, attribuent leur nom à leur enfant et gère le budget du foyer y compris les revenus de l’homme. Issue de la lignée indigène des Zapotèques – civilisation vieille de plus de 2000 ans – les femmes adoptent là-bas une tenue et une coiffure bien traditionnelles. Elles portent le tehuana, un costume fait d’une jupe longue et d’un haut brodé de fleurs aux couleurs éclatantes, et sont coiffées par deux tresses, souvent agrémentées de fleurs. Pour les fêtes civiles et religieuses, les cheveux sont tressés avec un ruban puis remontés sur la tête. C’est la coiffure adoptée par la peintre pour bon nombre d’autoportraits. Les bijoux en orfèvrerie sont un complément essentiel de toute cette parure.

Les muxes de Juchitán

L’identité singulière de Juchitán a donné naissance à un phénomène unique au Mexique : les muxes. Ce sont des homosexuels travestis qui font partie intégrante de la société. Souvent, ils s’habillent et se coiffent à la manière traditionnelle. Fréquemment, ils – ou elles – tiennent des salons de coiffure, où les femmes de la ville se rendent pour se faire coiffer « comme Frida ». Avec une maîtrise et une rapidité étonnante, les muxes exécutent ces fameuses coiffures, en privilégiant les fleurs très odorantes, pour envoûter le cavalier pendant la danse. Les fleurs sont placées à gauche pour les jeunes filles et à droite pour les femmes mariées. Les Zapotèques aiment comparer leur parure capillaire aux ailes que déploierait un paon.

Ce n’est donc pas par coquetterie que Frida s’habille et se coiffe en zapotèque (même si les jupes longues ont l’avantage de dissimuler sa jambe amputée), mais par engagement féministe. Elle arborera même cette tenue lors de son voyage à Paris, montrant au monde ses racines indigènes et son farouche féminisme. Le rayonnement international de Frida est tel que l’on dit souvent que les femmes de l’isthme s’habillent et se coiffent comme elle, alors qu’en fait, c’est l’inverse.